Des enfants, une histoire, une mémoire…

Toukygraph

Aujourd’hui je vous présente et vous fait découvrir l’une des histoires qui me tient le plus à cœur. « Dis-moi pourquoi ? » dont la première version date de 2016. Cette version de l’histoire fut adaptée pour une pièce de théâtre amateur avec des enfants. Une nouvelle expérience enrichissante pour l’une de mes histoires. Aujourd’hui elle n’est plus utilisée pour le théâtre.

Pour faire un petit résumé de la version de 2016, on fait un saut dans le passé pour afficher sur le compteur 1942 en France, plus précisément la Normandie pendant la seconde guerre mondiale. Les enfants sont protégés et cachés par une dame qui vit dans une ferme à l’abri du regard des soldats allemands. Cette dame est aussi très active dans la résistance. Cette version de l’histoire qui fut aussi la fin de la pièce est que la dame est arrêtée par la Gestapo. Les enfants sont livrés à eux même pendant un certain temps avant d’être sauvés par des compagnons de résistance de la dame.


Je vous fais découvrir l’affiche de la pièce de théâtre.

Toukygraph - affiche théâtre pour enfants

Ce petit bout d’histoire avant de revenir à notre époque. De retour en 2019. Depuis la fin de l’année dernière je reprends ce texte pour lui donner…, comment je pourrai dire, plus de détail, plus d’ampleur émotionnelle. Surtout de nouveaux personnages, qui seront aussi les protagonistes de cette histoire. Certains personnages n’existent plus dans la nouvelle version. Ce que je souhaite le plus pour la réécriture est de ne pas perdre l’émotion de la vie quotidienne des enfants pendant l’occupation.

Pour la renaissance de cette histoire j’ai pris la décision de changer le titre. Voici le nouveau titre « 42 » je vous présente pour la même occasion le visuel en cours de finalisation pour le logo.

Toukygraph - le logo pour l'histoire de ces enfants.

Dans cette nouvelle version de l’histoire nous retrouvons le jeune garçon qui doit partir vivre chez sa tante. Après un certain moment, ils accueillent une petite fille qui va bouleverser la vie de notre jeune garçon. Cette nouvelle sera toujours dans la même période de l’Histoire, le lieu ne change pas. Le personnage de la dame qui recueille les enfants dans la première version devient la tante du garçon. Elle aura toujours un rôle dans la résistance.

Pour le moment, je suis encore sur l’écriture de leur vie. Il m’arrive de faire des croquis des personnages mais pour le moment rien de finalisé.

Je prends plus temps sur le développement de l’histoire car elle touche mon Histoire.


Voici le texte qui a servis pour la pièce de théâtre sous le titre « Dis-moi pourquoi ? »

Intro

Le 19 août 1942 nous sommes réveillés par le bruit des bombes. Le ciel devient aussi lumineux qu’en plein jour. L’on saute de nos lits, la couverture à la main.

Mme Savaux dite la tatie, nous demande de descendre dans la cave. Il faut se mettre à l’abri. Rester cachés.

Le bruit des canons est si fort, cette sensation, ils tombent près de nous. Le bruit nous fait courir dans tous les coins.
L’on se pose à genoux dans un coin de la pièce les uns contre les autres. Les mains sur les oreilles pour atténuer ces bruits horribles. Maintenant nous sommes face au dilemme. Quoi faire dans cette situation ? Attendre simplement dans le calme. Attendre la mort. Attendre que la lumière apparaisse sur la porte de la cave.

Le calme revient. Le bombardement s’arrête. Un lourd silence rempli la pièce. L’une d’entre nous, semble encore plus effrayé c’est la nouvelle, elle est arrivée la veille au soir.

Le calme revient. Les enfants se retourne vers la nouvelle. Elle est arrivée la veille au soir. Ils lui demandent, d’où vient tu ?
Présentation des enfants.

On entend beaucoup de choses depuis ce matin du 19 août.

Tout commence maintenant

Depuis ce 19 août 1942 l’on peut sortir une pression plus forte des troupes allemands. Des patrouilles plus régulières. Nous sommes de plus en plus obligés de descendre dans la cave sans faire de bruit. Car dans cette maison nous avons un grand secret. Nous sommes des enfants cachés. Il y a plusieurs raisons à cela. Nos parents sont partis travailler en Allemagne. Il y a aussi la cause des origines de la famille.

Malgré toutes les restrictions que nous avons, nous restons des enfants qui recherchons le jeu. Celui qui me vient à l’esprit, tous les jours, voire même plusieurs fois dans la journée est La faim !

La tatie a un jeu qui nous amuse beaucoup. Le miam grondement. Il suffit de faire beaucoup de bruit avec son ventre, on accompagne très souvent ce chant avec des grimaces horribles, parfois drôles.

Un moment qui reste un bon souvenir. Nous avons bien compris que les rations diminuaient de jour en jour. Alors le jeu comblait ce que ne nous avions pas dans le ventre.

un message

Il y a un autre moment de la journée ou la maison se pose dans le calme et le silence. L’heure des messages sur la radio. On écoute ces messages sans vraiment comprendre. Notre regard se pose sur la tatie qui reste concentrée et attentive.

L’un des sujets qui revient très souvent dans la bouche des adultes est les trains de déportations. On sait bien que nos parents aussi ont pris le train. Moi j’aime les trains. Je propose à mes camarades de jouer aux trains de déportations. Dans le cave on utilise des cartons, nos couvertures et tous ce que l’on trouve.

Le train prend place, prêt pour le départ. Je suis le chef de gare. Je crie aux voyageurs de prendre place dans les wagons. Attention aux fermetures des portes. Je prends mon rôle à cœur. Au milieu des rires et de la précipitation de ce voyage. Marguerite pose une question.


Mais où va-t-on avec un train de déportation ?

La joie de ce nouveau jeu semble quitter la pièce dans une ombre noire. Car aucun de nous ne sait où ces trains partent. Leur destination n’est peut-être pas que du bonheur.

Il va falloir plusieurs années avant de connaitre la vraie signification des trains de déportations. Les horreurs qui suivent l’arrivée de ces trains.

Il y a une chose que la tatie nous répète très souvent. Si les soldats arrivent à la ferme, il faut se cacher le plus vite possible dans la cave. La trappe cachée reste toujours ouverte quand nous sommes à l’étage. Il faut être prêt dans toutes les circonstances.

Pour le moment tout se passe bien on s’amuse très souvent dans cette cave. Les jours passent et nous rapprochent du jour où l’on va revoir nos parents.

Un petit moment de nostalgie nous remplit le cœur. Assis en ronde avec nos couvertures on raconte nos souvenirs d’avant-guerre. Pour l’une le souvenir des champs de fleurs avec sa sœur, l’autre les tartes avec sa mère et bien d’autres souvenirs.

A la fin de ce moment une phrase retentie dans nos têtes comme dans nos cœurs.

Nous ne perdrons pas l’espoir de revoir le soleil auprès de nos familles.

Il est l’heure de remonter pour prendre le diner. Quand des bruits de moteur de voiture se fait entendre. La tatie arrive devant la trappe et nous dit de rester caché dans la cave sans faire de bruit. Cette fois ci ce n’est pas un jeu. La milice arrive.

Il y a beaucoup de bruit au-dessus de nous. Des cris se font entendre. Il y a aussi le bruit de la vaisselle qui tombe sur le sol. Mais celui qui résonne le plus dans la tête est le claquement des bottes noires sur le parquet.

Le silence et le calme reviens dans la maison. On comprend très vite que notre chère Tatie vient de se faire rafler par la milice. Nous sommes seuls maintenant.

Une tristesse remplit notre cœur. Nous errons dans cette cave comme pour trouver une solution, une lueur dans la pénombre.

Une des premières choses que nous vient en tête est de ranger cette pièce, car à partir d’aujourd’hui elle devient notre maison.

Certains rangent les cartons pour obtenir un salon. Les autres prennent en mains les balais. Cette chorégraphie se joue sous les notes de Smile. La voix chaude de Judy Garland nous redonne le sourire.

Maintenant nous sommes seuls dans cette grande maison. Il n’y a aucun adulte pour s’occuper de nous.

Maintenant le conflit s’installe au milieu de nous.

Après plusieurs jours un homme et une femme viennent nous récupérer. L’on comprend rapidement que nous pouvons les suivre. Ils sont là car notre Tatie leur a demandé de prendre soin de nous jusqu’au retour de nos parents.

On apprend aussi que Madame Savaux faisait partie de la résistance.

Plusieurs mois ont passé avant le grand jour du 6 juin 1944.

Nous sommes pour la plupart rentré chez nous. Certains n’ont pas eu cette chance.

Voici mon histoire, mes souvenirs, ma vie pendant l’occupation. Dans les yeux d’un enfant de 11 ans.

Cette petite lettre ne me quitte jamais. Car il ne faut jamais oublier ces jours sombres. Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

Papa, dis-moi pourquoi ?

Aujourd’hui la guerre est finie, mon père est de nouveau avec nous. Je suis très heureux qu’il soit près de moi. Malgré sa présence je sens que son regard a changé. Ces années ont changé les personnes autour de moi. Certains de mes copains sont devenus les hommes de la maison car leurs pères ne sont pas rentrés de cette guerre. Je ne comprends toujours pas pourquoi tous les pères sont partis pour combattre les allemands. Ma mère m’a dit que tous ces hommes sont aujourd’hui des héros. Qu’il ne faudra jamais les oublier, toujours honorer leurs mémoires, ce souvenir du sacrifice pour le pays.

Un jour, tu expliqueras à tes enfants ce que leur grand-père a fait pour la France. Tous ces mots dans ma tête se troublent. Moi j’aimerai simplement que les choses redeviennent comme avant, mais j’ai bien compris qu’une guerre change la vie des gens et pas toujours dans le bon sens.

Et puis aujourd’hui je ne suis qu’un enfant, personne n’explique les raisons de telle horreur. Alors j’écris ce que je ressens.

Je souhaite que mon père reste près de moi et que plus jamais il ne quitte la maison. L’espoir d’une vie sans combat reste sur toutes les lèvres dans les villes.

Mon père me dit que tout le pays fête les hommes qui ont sauvé notre patrie. Mais aussi que plus jamais les soldats et avant tout des pères ne devrais retourner sur un champ de bataille.

Alors je le crois et je me couche de nouveau sans la peur au ventre. Avec un sourire aux lèvres car le lendemain matin, ma famille sera au complet pour le petit déjeuner.

Voilà, j’écris ces mots pour moi quand je serai grand. Pour ne pas oublier.